PromoLeaders, JIF 2021: PAROLE AUX FEMMES. Tania Ismène Attiba

Tania Ismène Attiba 

Diplômée du Centre Africain d’Etudes Supérieures en Gestion (Maîtrise professionnalisée en Gestion des Entreprises et Organisations, option Gestion des projets) et de l’Institut de la Francophonie pour l’entrepreneuriat (Master en Entrepreneuriat), j’œuvre depuis plusieurs années à l’autonomisation économique des femmes à travers les différents postes de responsabilité que j’ai occupé au niveau des institutions internationales aussi bien sur le plan national qu’international qu’à travers mon engagement personnel en tant que conseil en entrepreneuriat mais aussi entrepreneure. Je suis la promotrice du Restaurant « La Manne Providentielle » spécialisée dans la cuisine sans cube et sans glutamate avec une équipe composée à 80 % de femmes et comptant sur une chaine d’approvisionnement composée à 80% de femmes de toutes les catégories sociales.

– Que représente pour vous le 08 Mars, Journée Internationale de la Femme ?

Le 08 Mars est une journée de commémoration des différentes luttes menées pour que les droits des femmes soient reconnus. Je considère cette journée comme une journée bilan pour faire le point des progrès enregistrés, célébrer les femmes battantes et réfléchir par rapport aux différentes actions que je peux mener pour améliorer la situation des femmes autour de moi. 

– Quel est l’impact des femmes dans la société ?

Avant de parler de l’impact de la femme, il faut parler de son rôle. Je parlerai de la femme africaine en général et de la femme béninoise en particulier. Aux femmes, dans les sociétés africaines traditionnelles comme au Bénin, les rôles de procréatrice et surtout d’éducatrice ont été souvent attribués. Ces différents rôles font d’elles les gardiennes de l’humanité, les gardiennes de l’avenir des adultes de demain, un rôle très important car si l’on veut que la société de demain soit plus organisée, plus consciente, plus unie, c’est à elle que revient avec ces rôles qui leur sont attribués cette responsabilité.

Concernant la vie politique, la participation des femmes est très faible notamment dans les sphères de prise de décision. Ceci induit un grand fossé dans la prise en compte de leurs avis dans les grandes sphères de décision.

Sur le plan démographique, au Bénin, la population est constituée à environ 52% de femmes actives dans les secteurs de l’agriculture et du commerce. Dans le secteur de l’agriculture, on retrouve une femme sur 3 notamment dans les filières maraîchage, maïs, riz, etc. Très peu d’entre elles se retrouvent dans les cultures d’exportation. Elles interviennent au niveau des maillons production, transformation et commercialisation. Concernant le secteur industriel, déjà peu développé pour l’ensemble du pays, il n’enregistre pas encore une contribution importante des femmes. La majorité des grandes entreprises appartiennent aux hommes.  

Il faut noter que le secteur de l’agriculture dans lequel elles sont très actives contribue à plus de 70% du PIB. Ceci traduit leur forte contribution au développement économique du Bénin.

En résumé, la place de la femme dans la société n’est pas à négliger quand bien même des disparités persistent à certains niveaux.

– Quelles difficultés les femmes rencontrent-elles dans la société ?

Dans la société, les difficultés rencontrées varient d’un domaine à un autre et d’une région à une autre. On pourrait les regrouper en 02 catégories à savoir les facteurs internes et les facteurs externes :

Au titre de facteurs externes, on peut citer les pesanteurs socio-culturelles. Dans certaines régions du Bénin l’adage « Gnonou xuessi ; sounou glégbénou » continue de faire ravage. La femme est faite pour rester à la maison. Elle n’a donc pas besoin d’un niveau d’éducation élevé lui permettant d’avoir accès à un emploi décent et de disposer d’un revenu lui permettant de mener une vie saine et décente. Si elle va à l’école, elle est souvent confrontée au mariage précoce, forcé ou par échange et donc, déscolarisée. 

À côté de ces facteurs, nous avons d’autres barrières fabriquées par la société telles que l’accès au foncier. Dans certaines aires culturelles, la femme ne peut pas hériter de terre, or, cette terre est un facteur de production qui pourra lui permettre d’accroitre sa contribution au développement économique mais aussi de lever les financements nécessaires pour le développement de son « entreprise ».

Sur le plan interne, nous pouvons citer le manque de détermination, de confiance en soi généré par le regard réducteur porté par la société sur les femmes.

– Quelles approches de solution préconisez-vous ?

Face à ces difficultés, je suggère une meilleure implication des hommes dans toutes les actions de promotion des droits de la femme. Cette approche participative permettra de faire évoluer les mentalités et les croyances. Aussi, les actions de sensibilisation devraient être menées à l’endroit des leaders d’opinions, des chefs coutumiers, etc. Pour réduire les inégalités constatées actuellement, l’éducation demeure le 01er investissement à faire. Il s’agit de former les filles et les femmes en vue de mieux les aguerrir pour des emplois décents, pour qu’elles puissent intégrer les cercles de prises de décision et par conséquent acquérir une certaine autonomisation financière. Il faut aussi investir dans la santé des femmes. Une femme en bonne santé sera plus productive, sa santé est une « assurance santé » pour ses enfants, adulte de demain et avenir de notre nation.  Et le meilleur moyen pour construire une mentalité de battante pour les femmes, c’est d’utiliser d’autres femmes pour les convaincre, c’est de promouvoir ces femmes qui sont dans l’ombre et qui se battent chaque jour pour l’amélioration des conditions de vie de leur famille. La liste n’est pas exhaustive mais de toutes petites actions çà et là nous mèneront vers de grandes victoires.

Propos recueilli et publié par Charly Djouah.

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