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EDITORIAL : Aide au développement, un placebo pour une Afrique sous perfusion

La conception du développement a connu beaucoup d’évolution depuis les années 1945. Son contenu varie d’un continent à un autre et d’un expert à un autre selon le poids politique et la puissance militaire et commerciale du pays. ‘’ Pays arriérés’’, ‘’pays sous développé’’, ‘’pays pauvre’’, ‘’pays en voie de développement’’ ou encore ‘’pays émergeant ’’ le vocable a évolué. Mais l’aide internationale mise en place par les occidentaux n’a pas changé de paradigme.  La pensée occidentale de l’aide internationale est promue depuis des décennies comme l’unique panacée au pays en quête de développement. Elle véhicule un prototype unique et universel : une aide transférée d’un pays donateur au pays récipiendaire.

Désormais, l’Afrique aux africains : Brisons le mythe de l’aide au développement

Un prototype scrupuleusement mis en place qui prévoit un mécanisme politique ou technique qui sert de référence à l’élaboration des politiques nationales récipiendaires de l’aide internationale. Cette aide sera longtemps administrée de gré ou de force aux états africains. Malgré le réveil provoqué par l’échec du programme d’ajustement structurel, l’approche occidentale de l’aide internationale ne sera pas totalement remise en cause par les politiques nationales africaines. Il faut compter sur la classe intellectuelle pour déboulonner l’aide au développement. 

Des auteurs tels que Sautter, 1978 ; Bayart, 1989 ; Badie, 1992 ; Darbon, 1993 ; Mény, 1993 ; Escobar, 1995 ; Latouche, 2004 ; Rakoto Ramiarantsoa et Samyn, 2004 ; Easterly, 2006 ; Rist, 2007 et Rossi, 2010 ont critiqué le modèle occidental.  D’autres comme (Bourmaud et Quantin, 1993 ; Olivier de Sardan, 1995 ; Badie, 1999 ; Russeil, 2004 ; Mosse, 2007 ; Darbon, 2009 ; North et al., 2010 ; Peyroux, 2012 ; Rakoto Ramiarantsoa et al., 2012 vont mettre à nu le déphasage entre objectifs visés et modèles théoriques. Mais les frontières de la pauvreté et des inégalités sociales ne font que se creuser davantage. 

L’aide a longtemps maintenu les états dans le coma sans pour autant curer le mal qui rongeait leur développement. En effet, la pauvreté demeure un problème crucial pour les deux tiers de l’humanité et les inégalités se maintiennent, voire se creusent, au sein des pays (Banque mondiale, 2001, 2016 ; Mestrum, 2002 ; Raffinot, 2002). Toutefois, malgré les critiques, la fabrique de modèles se poursuit et l’octroi de financements internationaux conditionne les réformes des États des pays récipiendaires. Les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), puis les Objectifs de développement durable (ODD) définis par l’ONU, respectivement en 2000 et en 2015, régissent les lignes directrices des programmes de développement et sont le reflet de cette approche singulière et inchangée (ONU, 2014, Nations-Unies, 2017).

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L’aide internationale : une toile d’araignée

Les états africains ont le capital humain, les ressources naturelles et une meilleure espérance de vie pour impulser par eux-mêmes le développement sur le continent. Malheureusement, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’aide internationale est devenue un engrenage complexe d’intérêts variés et interdépendants qui institutionnalise l’assistanat et ralenti à la fois sa propre réussite. Dans Revue internationale des études du développement 2018/2 (N° 234), pages 123 à 150 Angéline Chartier, Mylène Rivière décrivent très clairement les types d’acteurs.  Elles présentent les bailleurs gouvernementaux (institutions financières internationales ou États) et les firmes privées, les donateurs qui financent des opérations orientées par les experts appliquées par les opérateurs du développement (ONG, coopération décentralisée) et leurs homologues dans le pays récipiendaire (employés de coopération, volontaires, bénévoles) .

Ces acteurs sont en partenariat avec des acteurs récipiendaires visibles – élites intellectuelles ou anciens et nouveaux pouvoirs visibles – qui travaillent aux programmes d’aide : acteurs institutionnels (maires, chefs de région, ministres), membres d’ONG, associations locales, etc. Ces acteurs visibles sont eux-mêmes liés à des invisibles, non-inscrits officiellement dans le cadre du programme de développement : élites économiques anciennes et nouvelles ou traditionnelles. La population, acteur « bénéficiaire », regroupe des individus peu visibles et peu entendus qui ne possèdent pas les capacités ou la volonté d’entrer dans le jeu du développement. Elles précisent que cette typologie ne prend pas en considération, volontairement, la spécificité de la forme d’aide (projet, programme, modèle) ou l’échelle d’action. Les acteurs ont été classés de façon empirique (Chartier, 2016) en fonction de :

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Leur place par rapport au modèle : donateur ou récipiendaire, visible ou invisible. Les acteurs officieux influencent les jeux d’acteurs officiels et ont un impact sur le dysfonctionnement de l’aide. Les développeurs, qui s’arrêtent souvent à leurs relais visibles, sont dépourvus d’une partie des informations.

Briser le mythe de l’aide au développement

Son Excellence Patrice Athanase TALON Président de la République du Bénin

Certains états ont compris qu’il ne faut pas compter sur l’aide internationale pour arriver à la cime du développement mais si ce concept est dynamique.  Les coopérations entre états sont de plus en plus renforcées mais souffrent encore d’une vision claire à long terme.  Au Bénin, le Président de la République Patrice Talon a commencé par donner le signal en refusant l’annulation des dettes proposées par le Fonds Monétaire International. Le pays a considérablement réduit sa dépendance de l’occident. Des programmes ont été revus ou annulés, des aides refusées et ou réorientées aux besoins réels du peuple. Le Rwanda apparait aussi comme un modèle de libération des liens de l’aide internationale. Mais les pays africains doivent mieux faire. Le continent doit repenser le modèle de développement et rendre forts ses instituions propres. Pour y arriver, réduire la dépendance avec l’occident en crédit et en importation s’avèrent une panacée à la place du placébo longtemps administré à ces états. La lutte contre la corruption, le développement des énergies renouvelables, la stabilité politique et l’autosuffisance alimentaire doivent orienter les chantiers des pays qui aspirent se départir de l’aide internationale.

Aristide Fassinou HOUNKPEVI

Aristide Fassinou HOUNKPEVI
Aristide Fassinou HOUNKPEVI
Journaliste d'investigation depuis 2007 et Chef d'entreprise de presse au Bénin. Directeur de Publication Nouvelle Afrique Magazine.
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