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Afrique : Le Bénin en quête désespérée de modèle de démocratie

Au lendemain de l’accession du Bénin à la souveraineté nationale et internationale, le pays a fait face à une instabilité politique liée à la multiplicité des putschs. Les formations politiques à l’époque n’avaient aucun contrôle de la situation face à l’appétit vorace de l’élite intellectuelle pour le pouvoir d’État. Feu général Mathieu Kérékou a réussi a instauré l’accalmie en instituant le parti unique et l’idéologie marxisme-léninisme. Mais ce modèle de démocratie inspiré de la révolution marxiste-léniniste de l’époque va vite s’essouffler. A la faveur de la conférence des forces vives du pays en 1990, le Bénin a choisi la voie du multipartisme intégral. Trois décennies après, la réforme démocratique et institutionnelle voulue et appliquée par le Chef d’État Patrice Talon a du plomb dans l’aile. Contestée et vitriolée par une certaine classe politique, la réforme du système partisan et institutionnelle peine à mettre de l’ordre au sein de la classe politique largement dominée par les soutiens du président Talon.

Le concept de la ‘’Rupture’’ qui a suscité une vague d’espoir et de confiance en l’État en 2016 avec la prise de pouvoir du président Patrice Talon peine à garder haut le flambeau. Ce modèle de gestion publique a limité ce qu’on a appelé au Bénin ‘’la prolifération’’ des partis politique sans véritable ancrage national. En un quinquennat le pouvoir de Talon a réussi à réduire le nombre des partis représentés à l’assemblée. La règle des 10% incrustée dans le code électoral a débarrassé l’Assemblée nationale de partis politiques régionaux. Le législateur a tapé dans la fourmilière des formations politiques. De plus de 200 partis en 1990, le pays est passé seulement à deux partis présents au Parlement et environs une quinzaine de partis ayant une existence légale après la dernière présidence de 2021.Et pourtant, le Bénin avait décroché cette liberté démocratique au prix de luttes et de concessions politiques au crépuscule de la révolution dirigée par feu général Mathieu Kérékou. Mais 30 ans plus tard le pays remet en cause et tout. De la simple organisation de la classe politique à la création de nouvelles institutions. Dorénavant une vice-présidence et une cour de comptes sont crées à la faveur de la relecture de la loi fondamentale 1990. L’appareil judiciaire va être reformé de fonds en comble. Après des remous, des magistrats sont rentrés dans les rangs. Les forces de sécurité et de défense n’ont pas échappé à la tempête des réformes. Bref, tous les secteurs de la vie seront refondus pour être recréés à l’image de la rupture. Mais Les débats autour de ce modèle démocratique ont été très virulents dans le pays depuis les législatives atypiques de 2019. Plusieurs observateurs politiques ont dénoncé le recul du multipartisme intégral et le risque de l’instauration d’un parti unique. Une inquiétude légitime au regard des appels à fusion des partis politiques.

Vers l’instauration d’un parti d’État et d’une opposition
aux ordres

A travers les réformes politiques impulsées par le régime de la rupture, le Président du Bénin Patrice Talon a institué le financement public des partis politiques. Avec ce mode financement des partis, le réformateur se targue d’avoir faire asseoir un système partisan solide et participatif de démocratie. Il décline les critères pour être opposant à sa gestion publique, définit ses attributs et ses émoluments. En claire, le réformateur conçoit et déroule un système démocratique dans lequel le pays se gère par un grand parti au pouvoir qui lui-même dispose en face un seul et grand parti d’opposition à qui il donne les moyens publics pour animer l’opposition. Ainsi l’opposition est reconnue et ‘’validée’’ par le pouvoir qui donne les attributs à son chef de file nommé en conseil de ministre Dans ce contexte, la floraison des partis politique n’est pas vue d’un bon œil par le réformateur. Les partis soutenant les actions du pouvoir sont sommés d’aller à de grands regroupements. L’idée de fusionner tous les soutiens du président est agitée avec fièvre au sein de la classe politique. La pilule est avalée sans rechigner. Le parti de Claudine Afiavi Prudencio, présidente de l’institut des femmes (un organe public) s’est fusionné avec le deuxième grand parti du pays : le Bloc Républicain. Moins d’un an après ce mariage, l’Union progressiste (UP) le plus grand parti politique (ayant le plus grand nombre d’élus dans les assemblées locales et national) se met ensemble avec le plus vieux parti de l’ère du renouveau démocratique : le PRD. Pendant ce temps, des voix au sein de l’opposition politique s’élèvent pour appeler à un grand ensemble des partis anti Talon. Si ce modèle est prôné par les réformistes, il ne respecte pas la liberté d’existence des partis dans un modèle de démocratie qui se repose sur le multipartisme intégral. Et malgré la mise en place des réformes de la bonne gouvernance, la corruption, la pauvreté et autres fléaux continuent de sévir dans le pays. Elle n’a pas amélioré le niveau de vie du grand nombre de béninois qui se lassent de plus en plus des questions politiques. La mise en œuvre du modèle de démocratie occidentale dans le pays (instaurer deux grands partis politiques comme dans les grandes démocraties) s’est heurté à la violence et à des dénonciations de bâillonnement des acteurs politiques, des médias, de la société et des syndicats. Le pays vire dangereusement vers le parti unique et la pensée unique. L’expérimentation du multipartisme intégral semble n’avoir pas comblé les attentes. Les béninois veulent s’exercer à un autre modèle, ils bourdent puis se plient à l’expérimentation.

Le danger d’une démocratie, ou de n’importe quelle idéologie empruntée à une autre société, est qu’elle contienne, en plus de ses qualités fascinantes, d’autres aspects non culturels qui peuvent être pernicieux pour la société. L’enjeu des législateurs béninois est, par conséquent d’étudier, consciencieusement et sans relâche, les différentes réalités du pays et son histoire pour trouver des principes et des coutumes authentiques qui pourraient bien s’adapter afin d’améliorer le développement et la gouvernance.

Aristide Fassinou HOUNKPEVI
Aristide Fassinou HOUNKPEVI
Journaliste d'investigation depuis 2007 et Chef d'entreprise de presse au Bénin. Directeur de Publication Nouvelle Afrique Magazine.
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